MESH
Récits augmentés d’objets-mémoires
MESH est un projet de création scénique en réalité mixte, mêlant musique, geste et image à partir d’objets porteurs de récits. Des objets personnels sont racontés, enregistrés puis scannés en 3D : ils deviennent la matière d’une partition où le réel et le virtuel se transforment mutuellement.
Objets, voix, mémoires
Le projet est né d’une première expérimentation au CADA de Boën-sur-Lignon. Les participants sont invités à apporter un objet qui possède une valeur personnelle ou symbolique, puis à en raconter l’histoire, l’origine, les souvenirs et les espoirs qu’il contient.
Les témoignages enregistrés et les scans 3D deviennent ensuite des présences sonores et visuelles. Le mot mesh, issu de la modélisation 3D, désigne le maillage numérique d’un objet : une peau faite de points, de lignes et de surfaces. Il devient ici une image du projet lui-même — relier, tisser, assembler des fragments de réel.
« L’augmentation ne remplace pas la matière, elle en révèle la vibration. »
Le voyage de Sahil
Une première structure dramaturgique se construit autour du parcours de Sahil, ancien policier afghan contraint de quitter son pays. Son trajet vers l’Europe devient une ossature de la pièce : départ, marche, froid, attente, passages de frontières, épuisement, arrivée et recomposition.
Son récit n’est pas illustré littéralement. Ses rythmes, ses répétitions, ses silences et les états physiques du voyage deviennent des matériaux de composition. Autour de cette trajectoire peuvent venir se déposer d’autres voix, d’autres objets et d’autres temporalités.
La réalité mixte au carré
Sur scène, le casque Meta Quest devient un instrument de jeu. Mes gestes modifient les objets numériques présents dans l’espace ; ces objets agissent en retour sur le réel par le son, la lumière, les vibrations ou les projections. Le geste agit sur l’image, l’image modifie le son, le son influence à nouveau le geste.
Le public ne porte pas de casque. Il voit le performeur, les instruments et le plateau réel, tout en accédant à la vision augmentée grâce à une projection en temps réel. Cette dissociation entre immersion individuelle et regard collectif est au cœur de la dramaturgie de MESH.
Cette recherche prolonge directement le travail développé dans Intermezzo MR, où le casque est utilisé comme véritable instrument de contrôle musical et visuel.
Intermezzo MR — interaction en temps réel entre percussions, gestes, objets virtuels et traitements sonores.
Ex Machina — première expérimentation publique autour du geste, de la machine et de la réalité augmentée.
Forme scénique
Une performance pour musicien, objets réels et espace augmenté. La projection organise le regard du public et rend visible le dialogue entre le corps, les récits, les objets et leurs doubles numériques.
Installation interactive
Une seconde forme permettra au public de porter le casque et d’explorer des « îlots narratifs », chacun construit autour d’un objet, d’une voix, d’une mémoire et d’une ambiance sonore.
Une lutherie augmentée
Les objets sont capturés en photogrammétrie, retravaillés dans Blender puis intégrés dans Unity. Les gestes, positions et interactions sont transmis en temps réel via OSC à Max/MSP, qui contrôle la composition sonore et dialogue avec la régie visuelle. La programmation n’est pas un arrière-plan technique : elle devient une écriture du geste.
La technique reste volontairement visible et artisanale. MESH ne cherche pas l’hyperréalisme ; il privilégie une esthétique du brut, de la trace et de la transformation, où chaque objet conserve quelque chose de sa présence réelle.
Une œuvre en construction, à partir d’histoires réelles, de gestes, d’objets et de sons.